Chez les collectionneurs de militaria, le béret noir portugais occupe une place à part. Ce couvre-chef, attribué à l’arme de cavalerie de l’Exército Português, refait régulièrement surface sur eBay et dans les bourses aux collectionneurs, parfois pour quelques dizaines d’euros, parfois beaucoup plus quand la pièce date de la guerre coloniale. Avant d’acheter — ou simplement pour comprendre ce que vous avez entre les mains — un peu de contexte s’impose.
À qui appartient le béret noir au Portugal ?
Dans l’armée de terre portugaise, le noir est la couleur de la cavalerie au sens large. Cela englobe les unités blindées, héritières directes des lanciers d’autrefois, mais aussi la police militaire. Ce dernier point surprend souvent : la Polícia do Exército n’est pas une arme autonome au Portugal, c’est une spécialité de la cavalerie. Sa formation et son organisation relèvent du Regimento de Lanceiros Nº 2, le 2e régiment de lanciers, et ses hommes portent donc eux aussi le béret noir.
Chaque arme portugaise a sa teinte propre. Les parachutistes arborent le vert émeraude, le brun revient à l’armée en général, et d’autres couleurs distinguent commandos ou unités spécialisées. Le noir déborde d’ailleurs du cadre strictement militaire : au Portugal, plusieurs corps civils l’ont adopté, comme les démineurs de la Police de sécurité publique (PSP), le corps des gardiens de prison ou la protection civile. Un béret noir portugais n’est donc pas automatiquement un béret de cavalerie — d’où l’importance de l’insigne qui l’accompagne.
Une tradition qui remonte loin
L’usage informel de coiffes proches du béret par les militaires européens est ancien. On cite souvent le Blue Bonnet écossais, devenu symbole des forces jacobites aux XVIe et XVIIe siècles. Comme coiffure réglementaire, en revanche, le béret apparaît lors des guerres carlistes espagnoles des années 1830, sur ordre du général Tomás de Zumalacárregui.
L’association entre le noir et les troupes montées ou blindées, elle, s’est construite au XXe siècle. Le béret noir devient la marque du tankiste, porté par aucune autre branche. L’Australie l’adopte en 1930, deux ans après la création de son Tank Corps — jusque-là, ses équipages portaient le chapeau de brousse, franchement peu pratique à l’intérieur d’un char. Aux États-Unis, les unités de blindés et de cavalerie commencent à porter le béret noir en 1974, suivies un an plus tard par deux bataillons de rangers nouvellement formés. L’histoire américaine a ensuite connu ses rebondissements : généralisation du béret noir à toute l’armée, puis abandon, jugé « peu pratique » par les soldats eux-mêmes selon la BBC, le noir redevenant l’apanage de quelques unités. En 2014, à Fort Knox, les éclaireurs de cavalerie américains ont fini par obtenir le béret et l’insigne d’épaule qu’ils réclamaient de longue date.
Le Portugal, lui, n’a jamais varié : sa cavalerie porte le noir, y compris en opérations extérieures. On trouve des photos de cavaliers portugais coiffés du béret noir au sein de la KFOR au Kosovo, et la Garde nationale républicaine (GNR) a eu ses propres bérets lors de la mission en Irak — des exemplaires taille 58 circulent d’ailleurs sur le marché de la collection.
Le marché de la collection : ce qu’on trouve et à quel prix
Le béret noir de cavalerie portugais est une pièce accessible. Les exemplaires réglementaires d’origine, décrits comme « issued to the cavalry », se négocient couramment entre 30 et 40 dollars sur eBay, selon l’état et la présence de l’insigne. Les pièces anciennes grimpent : un béret de cavalerie portugais des années 60, période de la guerre coloniale en Afrique, s’affiche autour de 50 dollars, et le prix monte encore si la provenance est documentée.
Autour du béret gravite tout un écosystème d’objets connexes. Le pin’s de 22 mm des lanciers de la police militaire (marqué « PE Lanceiros ») se vend moins de 20 dollars, frais d’envoi recommandé en sus. Les insignes de béret de cavalerie vintage font l’objet d’annonces régulières, souvent avec livraison gratuite. Et pour compléter une tenue de tankiste, on croise même des combinaisons portugaises d’époque, distribuées en Afrique pendant la guerre coloniale, autour de 70 dollars.
Un conseil pratique : les vendeurs portugais expédient volontiers à l’international, mais les frais de port depuis le Portugal alourdissent vite la facture sur les petits objets. Regroupez vos achats quand c’est possible, et privilégiez les annonces couvertes par la garantie de remboursement de la plateforme.
Comment authentifier une pièce
Trois points méritent votre attention. D’abord l’insigne : un béret de cavalerie doit porter l’emblème de l’arme, différent de celui des parachutistes ou des commandos. Ensuite la doublure et le marquage intérieur, qui indiquent souvent la taille (les tailles 57-58 dominent) et parfois le fabricant ou l’année. Enfin la coupe : les bérets portugais d’époque coloniale ont une forme et une laine reconnaissables, différentes des productions récentes.
Méfiez-vous des bérets noirs génériques présentés comme portugais. Le noir étant la couleur de blindés dans une bonne partie du monde — de l’Australie à l’Ukraine —, un béret sans insigne ni marquage peut venir de n’importe où. C’est précisément l’insigne, et lui seul, qui fait la valeur historique de la pièce.
Reste que pour un budget modeste, le béret noir de la cavalerie portugaise offre un vrai morceau d’histoire : celle d’une arme qui a troqué le cheval contre le char sans jamais abandonner ses lanciers, ni sa couleur.