Le sac ALICE traîne dans les surplus militaires depuis un demi-siècle, et pourtant on le croise encore régulièrement sur le dos des chasseurs. Ce n’est pas un hasard. Derrière son allure spartiate se cache un des sacs les plus solides jamais produits pour l’armée américaine, et son prix d’occasion en a longtemps fait une affaire imbattable. Reste à savoir s’il convient vraiment à votre pratique de la chasse, et comment l’adapter.
Un peu d’histoire pour situer la bête
ALICE est l’acronyme de All-Purpose Lightweight Individual Carrying Equipment. Le système a été adopté comme standard par l’US Army le 17 janvier 1973, en remplacement des équipements M-1956 et M-1967. Il a depuis été détrôné par le MOLLE, mais il reste utilisé de façon marginale dans certaines unités — et massivement chez les civils, chasseurs, randonneurs et adeptes de la préparation.
La toile est un nylon résistant à l’eau qui encaisse les mauvais traitements sans broncher. Certains propriétaires revendent leur sac sur eBay après plus de dix ans d’usage intensif, ce qui en dit long sur sa durabilité. À une époque, un ALICE médium se négociait autour de 25 dollars sur eBay ; les tarifs ont grimpé depuis. Comptez aujourd’hui environ 64 $ pour une copie médium en vert olive, 133 $ pour un grand modèle, et près de 118 $ pour un surplus authentique avec armature. Une armature seule avec son coussin lombaire se trouve encore entre 16 et 30 $ chez les revendeurs de surplus.
Médium ou large : une question de sortie
Le médium offre environ 2 412 pouces cubes, soit à peu près 40 litres. C’est jugé petit par certains, mais pour une chasse à la journée ou un bivouac par temps doux, c’est largement suffisant. Un vétéran résume bien la logique : le médium pour les sorties tempérées, le grand ALICE (ou un grand MOLLE) quand le froid impose du matériel volumineux.
Le grand modèle, lui, se justifie surtout si vous portez un camp complet. Un chasseur qui doit transporter dix jours de nourriture, l’équipement chaud et froid, plus la tente et le matelas de sa compagne, y trouve son compte — d’autant qu’en abandonnant un ILBE d’environ 3,6 kg à vide au profit d’un grand ALICE plus léger, on gagne de précieux kilos. À l’inverse, pour aller passer la journée dans un mirador, c’est clairement surdimensionné. Sur les forums de survie, le consensus est net : le grand ALICE n’a de sens que si vous marchez jusqu’à un camp de chasse éloigné.
Les reproductions actuelles annoncent un compartiment principal de 57 x 37 x 25 cm, trois poches frontales, deux poches latérales, plus de 50 litres au total et une capacité de charge de 50 livres, soit environ 23 kg.
ALICE contre MOLLE : le vieux débat
La différence fondamentale tient à l’organisation du chargement. L’ALICE fonctionne avec un grand compartiment unique fermé par des sangles, complété de poches extérieures. Le MOLLE mise sur une multitude de pochettes modulaires, avec un accès au matériel plus direct. Le système MOLLE complet comprend d’ailleurs tout un attirail : gilet porte-charge, armature, sac principal, ceinture, pochettes de maintien et porte-sac de couchage.
Ses partisans avancent un argument sérieux : plus haut et doté d’une vraie ceinture ventrale, le MOLLE répartit mieux le poids. Porter une charge lourde dans un ALICE d’origine peut effectivement devenir pénible. Mais l’ALICE bien réglé garde ses fidèles : un ancien militaire raconte l’utiliser depuis vingt ans, au service puis à la chasse à l’élan, avec une grande armature qui convient parfaitement à son mètre quatre-vingt-trois. Sa recette : du rembourrage supplémentaire sur les bretelles et la sangle de hanche. Certains adorent, d’autres détestent — c’est aussi simple que ça.
Un point de vue plus nuancé mérite d’être entendu : pour beaucoup, les sacs militaires sont pensés pour de jeunes soldats très entraînés portant plus de 35 kg au combat. Un sac civil à armature interne sera souvent plus confortable, sauf dans un cas précis : sortir de la viande après un tir, où l’armature externe de l’ALICE reprend tout son intérêt. L’armature seule, notamment la version Rothco, reste d’ailleurs une des solutions les plus économiques pour porter des charges lourdes et encombrantes.
Transporter son arme avec un ALICE
C’est le point faible signalé par presque tous les chasseurs. Avec un grand ALICE, porter en plus un fusil et une carabine devient acrobatique : la bretelle glisse sans arrêt de l’épaule pendant la progression. Une astuce testée sur le terrain règle une bonne partie du problème : raccourcir la bretelle de l’arme et la passer par-dessus le haut de l’armature, en laissant l’arme pendre contre le sac. C’est stable et étonnamment sûr.
Autre désagrément fréquent : la lunette de visée qui frotte contre l’armature quand le sac est sur le dos. Un chasseur corpulent qui avance lentement et se repose souvent l’a constaté à ses dépens — pensez-y avant de partir avec une optique fragile.
Les modifications qui changent tout
L’ALICE brut de surplus se bonifie avec quelques bricolages. Le plus classique consiste à découper un vieux matelas de sol en mousse pour fabriquer un dosseret, en gardant les chutes pour épaissir le coussin lombaire. Dans le même esprit, retailler 5 à 8 cm de chaque côté de votre matelas mousse évitera qu’il n’accroche les branches basses quand il est fixé au sac.
Une modification simple des boucles, popularisée sur les blogs spécialisés, permet aussi de remplacer les fermetures d’origine par des boucles rapides de type Fastex en réacheminant les sangles à travers l’armature. Et pour ceux qui veulent aller plus loin, le marché des armatures alternatives est étonnamment fourni : Jessie Ables, d’OV Innovations, en a dressé un catalogue complet. Certains vont jusqu’à rallonger l’armature d’origine pour gagner en hauteur de chargement.
Les surplus proposent enfin des kits améliorés prêts à l’emploi : un ALICE médium vert olive avec armature, complété d’une ceinture MOLLE, d’un porte-gourde MOLLE et d’une gourde USGI neuve. Une base fiable et rustique pour la chasse comme pour le sac d’évacuation.
Le verdict
L’ALICE n’est pas le sac le plus confortable du marché, et personne ne prétendra le contraire. Mais pour un budget serré, difficile de trouver plus robuste, plus réparable et plus polyvalent. Bien rembourré, équipé d’un dosseret maison et d’une astuce de portage pour l’arme, il accompagnera vos saisons de chasse pendant des décennies. Le médium pour les sorties courantes, le grand pour rejoindre un camp : choisissez selon vos jambes, pas selon la nostalgie.